La Clemenza di Tito - Festival de Sazbourg - 4 Août 2017

La Clemenza di Tito, la Clémence de Titus



Mozart

L'alignement des planètes entre la direction novatrice de Théodore Currentzis, la mise en scène intelligente de Peter Sellars et le Sesto exceptionnel de Marianne Crebassa. A voir.

Peter Sellars : mise en scène              
George Tsypin | Décors
Robby Duiveman | Costumes
James F. Ingalls | Création lumières
Antonio Cuenca Ruiz | Dramaturgie

Russell Thomas | Tito Vespasiano
Golda Schultz | Vitellia
Christina Gansch | Servilia
Marianne Crebassa : Sesto
Jeanine De Bique : Annio
Willard White : Publio
        

Choeur de musicAeterna
Vitaly Polonsky | Chef de chœur
Orchestre de MusicAeterna
Teodor Currentzis | Chef d'orchestre



Cette Clémence de Titus vaut le déplacement par la modernité du propos, l’étonnante entente entre la mise en scène ingénieuse et intelligente de Peter Sellar et la direction – comme toujours déconcertante mais adéquate- de Currentzis. Ce dernier a rajouté des extraits de partitions de Mozart (messe en Ut notamment) pour étoffer l’opéra en guise d’interludes musicaux, c’est très réussi et donne une majesté inhabituelle à cette oeuvre qui parait parfois inaboutie.

Les musiciens jouent debout sous la baguette attentive et précise de Currentzis dirigeant sa propre formation musicale (et son propre choeur) dans un art de « coller » à la scène et à l’opéra presque enivrant. Un magnifique clarinettiste (Florian Schuele) joue d’ailleurs sur la scène aux côtés du Sesto de Marianne Crebassa lors du « Parto ma tu ben mio ».

Currentzis ne respecte guère les tempi à son habitude mais ce qui m’avait gênée dans le Requiem lors de ce même festival, m’a, cette fois, au contraire, fasciné et transportée. Sans doute parce ses choix font sens en rapport avec ceux de Sellars et leur compréhension rajeunie, moderne et tragique tout à la fois, de cet opéra de Mozart.

Sellars choisit d’apparenter Titus à un chef d’état confronté à un complot fomentée par des réfugiés parqués au départ derrière des barrières, regards apeurés, fuyant d’autres misères, d’autres peurs. Sesto intercède en leur faveur auprès de Titus puis sera le bras du complot en devenant terroriste. Du « classique » mais c’est bien mené, bien présenté, bien joué et cela donne, comme souvent chez Sellars, de superbes scènes dans cette « salle » formidable du Manège des rochers (Felsenreitschule), avec le fond naturel de pierres creusé de cavités, et l’immense plateau qui se couvre parfois de structures tubulaires transparentes et de formes diverses, éclairées par des couleurs changeantes qui forment une lumière indécise, de celle qui favorise les ambiguités, les secrets, les complots.

Dès le « Come ti piace imponi » Marianne Crebassa en Sesto, Golda Schultz en Vitellia, imposent un très beau style de chant, très pur, très inspiré et un jeu à deux, précis et millimétré où l’on sent la patte de Sellars, répondant à celle de Currentzis. Marianne Crebassa fera preuve tout au long de la soirée d’une présence scénique et musicale largement supérieure à ses partenaires malgré tout et a dû à plusieurs reprises atteindre une sorte de perfection qu’il faut souligner en premier lieu. Son « Parto ma tu ben mio » atteint les sommets d’une splendide interprétation, lumière bleutée, douceur de l’accompagnement orchestral, clarinettiste sur la scène, le tout est magique et reste imprimé longtemps dans la mémoire comme un état de grâce absolu.
Il est d’ailleurs suivi par le « vedrai, Tito, Vedrai » du trio survolté formé par Annio, Publio et Vitellia.
La mise en scène poursuivant son idée de départ, nous montre alors les protagonistes fomentant le complot, sous les traits de terroristes de nos jours, Sesto se passant une ceinture d’explosifs autour de la taille avec l’aide de ses amis puis se vêtissant comme une sorte de randonneur, veste kaki et sac au dos. Cela donne à sa confrontation avec Tito (Oh Dei, che smania è questa) un suspens particulièrement glaçant om l’on touche au drame pur, puisque Sesto tient la poignée qui peut déclencher l’explosion en permanence (toujours remarquable Marianne Crebassa), mais finira par tirer sur Tito. Quant à son «Deh per questo istante solo»  à l’acte 2, alors qu’elle est devant le lit d’hôpital d’un Tito blessé (Russel Thomas simule fort bien l’agonie), il est également de toute beauté : magnifiquement prononcé, graves profonds et timbre suave, crémeux tout en étant rempli de l’énergie du jeune Sesto.
J’avais été un peu déçue par son Fantasio à Chatelet, je la retrouve en pleine possession de ses moyens fabuleux de chanteuse et d’actrice. Je crois qu’on peut considérer qu’elle a même franchi un degré dans la qualité globale de la prestation qui la place très haut dans le monde de l’opéra. Qu’on se le dise...

Dès son « Ah se fosso inforno al trono », le Titus de Russel Thomas (qui a remplacé Rolando Villazon initialement prévu) accuse par contre des difficultés, une prononciation parfois « hachée » et un timbre inégal.
C’est assez courageusement qu’il doit par ailleurs entonner son  «Se all'impero» couché sur le lit des Urgences, attaché de partout, tout comme son final  «Che del ciel, che degli Dei». Il finit par tout arracher et s’écrouler au sol au moment du « Tu, è ver, m'assolvi, Augusto» qui marque la fin. On sent la qualité technique du ténor, multipliant les nuances et les legato mais la voix n’est pas toujours très belle, parfois un peu rugueuse et manquant d’homogénéité malgré un très bel engagement. Dommage.

Forte et belle Vitellia de Golda Schultz, qui s’affirme dès son entrée sur scène et ne lâche pas le devant sur scène : formidables nuances dans un chant souverain, son « non piu di fiori » chanté en partie alors que l’artiste est allongée au milieu des bougies, photos et fleurs laissées en hommage aux victimes, dans un très léger éclairage, montre l’étendue de son talent, et la qualité de ses graves et de ses vocalises dans des aigus aériens. Elle se redresse, se dresse sur les dernières mesures, chantées avec véhémence, vaindicative et décidée, pieds nus en robe noire au milieu des brassées de fleurs répandues au sol...
Merveille de l’image et du son...Et saluons encore une fois la précision d’horloge de Maestro Currentzis qui lui donne la réplique dans le ton et la nuances à chaque note.
Découverte pour moi que la soprano Jeanine De Bique qui interprète un très bel Annio notamment au début du deuxième acte (Torna di Tito a lato) ; ce beau chant devant (puis avec) les réfugiés qui forment le choeur, sonne presque comme un couplet biblique, quelque chose d’émouvant et de splendide.
Très beau duo aussi avec le «Tu fosti tradito»,
Jolie Servillia de Christina Gansch notamment dans le «S'altro che lacrime» de l’acte 2, petite voix délicate et gracieuse.
Belle voix de basse également et belle autorité dans le chant pour le Publio de Willard White.
Mais, on l’aura compris, si dans l’ensemble les chanteurs sont satisfaisants (avec quelques réserves concernant le chant de Thomas), outre l’exceptionnelle performance de Marianne Crebassa, c’est plutot l’équilibre de l’ensemble de la représentation qui est une immense réussite, qualité de l’orchestre, de son chef, des choeurs, qualité de la mise en scène et de la direction d’acteurs, beauté du cadre. 



INFO

La Clémence de Tito sera reprise au Théâtre des Champs Elysées pour la soirée du 15 septembre, dès la rentrée, mais en version concert et avec une distribution différente

Maximilian Schmitt Tito
Karina Gauvin Vitellia
Stéphanie D’Oustrac  Sesto
Anna Lucia Richter Servilia

Et toujours
Jeanine De Bique Annio
Willard White Publio

Teodor Currentzis direction
Musica Aeterna

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