Macbeth - Verdi - Théâtre des Champs Elysées - 24 octobre 2017

Macbeth

De Giuseppe Verdi

1847
Drame en 4 actes
Livret de Francesco Maria Piave et Andrea Maffei
D’après la tragédie de Shakespeare.

Direction musicale : Gianandrea Noseda 

Avec
Dalibor Jenis Macbeth
Marko Mimica Banco
Anna Pirozzi Lady Macbeth
Piero Pretti Macduff
Alexandra Zabala La dame d’honneur
Alejandro Escobar Malcolm
Enrico Bava Le médecin
Giuseppe Caporreri Un servant de Macbeth et Herald
Marco Sportelli Un assassin
Lorenzo Battagion

Orchestre et Chœur du Teatro Regio Torino


Série de représentations données au Teatro Regio Torino en juin et juillet 2017 (maleureusement sans le maestro Noseda pour une partie d’entre elles).
Mise en scène Emma Dante



Belle soirée pour ce Macbeth en version concert, placé dans le hasard de mes réservations entre deux anthologies Don Carlos à la Bastille, de fort belles “Vêpres siciliennes” à Londres et un Falstaff (ce soir) de nouveau à Bastille. 
Que du Verdi. Italien et français, trois drames et une farce, du Schiller, du Shakespeare, bref quelques uns des chefs d’oeuvre du grand Giuseppe, globalement admirablement servis.

Macbeth est l’histoire de la lente descente vers la folie du général de l’armée du roi Duncan, Macbeth (Macbetto dans l’opéra). L’histoire se passe en Ecosse, avec ses sorcières, ses forêts profondes et ses malédictions. A cause d’une prédiction qui veut qu’il soit roi, Macbeth va sous l’influence de sa femme la redoutable Lady Macbeth, précipiter son destin en assassinant le roi pour prendre sa place puis son propre compagnon Banco, par peur de sa dénonciation pour finir fou, assommé de visions, et tué par Macduff. Sa femme victime d’une scène célèbre de somnambulisme est morte peu auparavant.

La version proposée par le TCE se terminait sur la mort de Macbeth. Une autre version plus courante voit un chant triomphal “Vittoria” terminer l’opéra par une note optimiste. Là rien de tel.

Macbeth c’est d’abord une superbe ouverture qu’il ne faut rater sous aucun prétexte et qui est déjà un petit joyau en soi : les thèmes de l’opéra y sont brillamment exposés et comme ils ont une musicalité et une expressivité tragique particulièrement forte (et obsessionnelle), une bonne direction de l’ouverture met le spectateur immédiatement en situation.

Ce fut le cas avec la direction de Noseda, dont beaucoup ont critiqué les tempi excessivement rapides (ce qui sera notamment le cas dans la scène du somnambulisme). Là dans les débuts de l’opéra, rien de tel : c’est enlevé, oui, pour Verdi cela me parait correspondre à la valorisation de l’orchestration très riche, c’est précis, très coloré tout en se gardant de tout aspect “pompier”. 
L’acte III commence par l’un des thèmes musicaux développé dans cette ouverture : il s’agit de l’un des plus beaux moments de l’opéra quand les sorcières préparent des filtres magiques pour Macbeth puis qu’elles entonnent le subper “Tre volte miagola la gatta”. Noseda a parfaitement réussi le lien de l’un à l’autre et l’interprétation plus tragique du morceau à l’acte 3, contrepoint angoissant de l’un des moments décisifs de la tragédie en marche.



Il y a également de grands airs héroiques dans Macbeth, notamment pour la soprano, qui demandent une tessiture large, capable de rendre compte des accents de colère et de drame, tout en sachant vocaliser. C’est donc un rôle particulièrement difficile qu’abordait pour sa première prestation à Paris, la soprano italienne Anna Pirozzi, une de ces voix volcanique et torrentielle qui sait faire passer l’émotion. Une de ces artistes généreuses, sur le plan vocal autant que scénique et qui n’hésite pas à prendre des risques pour exprimer les sentiments de son complexe et magnifique personnage. Sa première partie a été éblouissante et comme nous n’avons pas tant que cela de bonnes Lady en ce moment, j’avoue que j’en étais absolument ravie, regrettant seulement de ne pas en profiter sur scène car de toutes évidences, la dame est aussi douée comme actrice que comme chanteuse.
D’une part la voix est belle et large (charnue même), davantage dans les aigus que dans les graves ce qui est un peu dommage, mais de toute évidence, elle a une belle maitrise des vocalises, ne savonne ni ne rate aucune note et sa diction est limpide. Sens des nuances, capacités de moduler, piani et forte maitrisés, bref, une belle ligne de chant pour une belle lady. 
Dans la deuxième partie où le maestro est parti à fond de train, notre lady a été un peu en difficulté dans la scène de somnambulisme, Una macchia è qui tuttora.... C’est un air très long, qui demande beaucoup de souffle, sans vocalise et sans fioriture, déjà dans le domaine vocal du tragique et de l’héroïque, sans doute un tout petit peu plus difficile pour elle, avec un aigu redoutable qu’elle a voulu faire “piano” (en respect de la partition) et qui n’est pas bien sorti. Accident classique dont on ne peut absolument pas lui tenir rigueur et qui ne retire rien à la leçon musicale qu’elle nous a donné et qui me donne vraiment envie de la revoir très vite dans ce beau rôle.

Dalibor Jenis est un baryton slovaque qui chante beaucoup chez lui notamment ce rôle, depuis longtemps, et se livre à quelques incursions sur des scènes internationales assez rares et qu’il ne faut pas rater. Son Macbeth est sans doute de “petit” calibre vocal (et Noseda respecte ses chanteurs et ne les couvre jamais), mais il a d’énormes qualités d’expressivité, malgré un timbre parfois presque tendu sur un fil et un peu engorgé, une belle ligne de chant suffisamment ample pour dominer toutes les difficultés du rôle et surtout, une présence scénique très impressionnante. Son “La vita... che importa ?...” qui termine l’opéra dans la version qui nous était proposée, est si bouleversant qu’il faut quelques minutes avant de redescendre sur terre et dans la salle.



J’avais parlé de la basse Marko Mimica dans un article précédent rendant compte d’un autre Verdi célèbre, Luisa Miller pour souligner : “Mais c’est Marko Mimica en Walter qui m’a le plus impressionnée et que je vais suivre de près, surtout que nous l’aurons prochainement en Banco dans Macbeth au Théâtre des champs Elysées et en Publio dans la Clémence de Tito puis en Samuel dans le Bal masqué, les deux à l’opéra de Paris. Il est tout simplement scotchant. A voir d’urgence en vrai...”

“En vrai” il est tout aussi impressionnant voire davantage, la voix est terriblement belle, sombre et puissante, sans la moindre altération, il chante avec une facilité déconcertante, et nous propose un Banco dont on regrette qu’il soit si court...et qu’il meure si vite, tant on en redemanderait. Et tout ce qu’il dit, passe dans son chant, sa confiance en Macbeth son ami dans la forêt d’Écosse à l’acte 1, puis ses doutes qu’il confie à son fils avant d’être assassiné, tout est merveilleusement et sobrement chanté et joué. Un vrai surdoué à suivre.



Le Macduff du ténor italien, Piero Pretti est hélas un peu à l’opposé : il entonne son grand air unique (le ténor est l’oublié de cet opéra...) “Ah, la paterna mano », comme s’il était en récital et devait éblouir son public. C’est très bien chanté mais aucune émotion ne passe.

Les autres rôles sont bien tenus, en particulier le Malcolm du ténor Alejandro Escobar, à la fois bien chantant et très décidé sur scène et la dame d’honneur d’Alexandra Zabala, beaucoup de classe dans le chant et dans la posture sur scène.

Les choeurs et l’orchestre de Turin, ont été également très impressionnants avec toute la délicatesse qui sied à une version concert, le chef soutenant avec efficacité ses chanteurs et les considérant manifestement comme sa priorité absolue dans cette acoustique difficile et sèche du TCE.

Je regrette sans hésiter que nous n’ayons eu qu’une version concert : dans Macbeth, trop de scène ont du sens quand les personnages se rencontrent et le simple fait que nos chanteurs (qui en ont fait beaucoup pour faire vivre l’opéra malgré tour) soient séparés des chœurs par l’orchestre alors que ceux-ci sont des “choeurs-foule” qui jouent un rôle important, nuisait à l’équilibre général.

Une excellent soirée néanmoins avec un opéra qui est l’un des plus beaux de Verdi.

Photo de MariaStuarda
Les petits plus du blog
Anna Pirozzi, Macbeth, 2016.


Trailer de Macbeth, mise en scène de Dante, Opéra de Turin




Marko Mimica dans l’air de la calomnie, Cardiff, 2013





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