Attila - Verdi - Théâtre des Champs Elysées - 15 novembre 2017

Attila

Opéra en un prologue et trois actes de
Giuseppe Verdi

Livret de Temistocle Solera, tiré de la tragédie de Zacharias Werner, Attila, König der Hunnen
Création en 1846 au Teatro de la Fenice, à Venise.

Avec

Erwin Schrott : Attila
Alexey Markov :  Ezio
Tatiana Serjan : Odabella
Massimo Giordano : Foresto
Grégoire Mour : Uldiro
Paolo Stupenengo : Leone

Direction musicale : Daniele Rustioni

Orchestre et Chœurs de l’Opéra National de Lyon

Mercredi 15 novembre, théâtre des Champs Elysées.


Coproduction Théâtre des Champs-Elysées / Opéra National de Lyon


Erwin Schrott, Tatiana Serjan, Alexei Martov
(photo MariaStuarda)

Ce n’était pas tout à fait une découverte que cet Attila live, opéra de jeunesse de Verdi, puisque j’en avais déjà entendus de larges extraits lors d’une version concert donnée à l’opéra Bastille en 2015 avec Ildar Abdrazakov dans le rôle titre et, déjà, le ténor Massimo Giordano dans le rôle de Foresto.

Je l’ai, par ailleurs, écouté plusieurs fois dans divers enregistrements.

Cet opéra, quoiqu’encore inabouti et parfois répétitif dans sa structure, comporte de très beaux moments dans une partition qui donne une étrange impression partchwork de déjà entendu : un p'tit bout de Nabucco, composé quelques années avant en 1842 mais aussi  un p'tit bout de Macbeth, publié l’année suivante (1847) et même un p'tit bout de Rigoletto, oeuvre plus tardive de 1851  qui montre à quel point nombre des caractéristiques verdiennes étaient déjà en place dès le début.
Le livret manque incontestablement de finesse et les situations sont assez caricaturales mais deux beaux personnages ressortent du lot : celui d’Attila réservé à une basse, qui est beaucoup plus que le brutal et sanguinaire chef des Huns et Odabella, la fille du seigneur de la ville qui a perdu toute sa famille suite aux massacres perpétrés par les Huns. Il s’agit d’un rôle terriblement difficile à chanter, soprano à aigus héroiques qui doivent être assénés avec force et qui suivent des montées ou précèdent des descentes de type vocalisant qui compliquent encore la tâche de l’artiste et ce, dès l’air d’entrée, pris “à froid” juste après le prologue où elle annonce son intention de tuer Attila : “Santo di patria indefinito amor
Véritable tuerie l’exécution de cet air est un défi pour toute soprano.



La représentation donnée à Lyon puis à Paris au Théâtre des Champs Elysées, était intéressante à plus d’un titre. J’ avais retenu trois bonnes raisons de ne pas rater l’événement, outre l’intérêt pour une oeuvre assez rarement donnée : le chef Daniele Rustioni, le remplacement dans le rôle d’Attila du titulaire prévu, Ulyanov, par Erwin Schrott, qu’on ne présente plus et que je trouve en pleine forme en ce moment, et la présence de Tatiana Serjan en Odabella, la soprano m’ayant impressionnée en Lady Macbeth dans un Macbeth donné il y a deux ans à Vienne.

J'ai adoré Rustioni et sa manière de diriger (et sa mèche dans les yeux les trois quart du temps, un truc à loucher ), que j'ai trouvée approprié à un Verdi un peu vert, qui aime bien les effets de contraste. Rustioni est totalement investi dans sa direction, chante avec les chanteurs, virevolte en permanence (jetait parfois des coups d’oeil un peu accablé vers ses artistes lors de prestations très moyennes), et veillait à ne jamais couvrir les voix. Par contre comme toujours dans Verdi dans certains ensembles avec choeur et orchestre, on n'entend peu les solistes et j'ai été surprise de m'apercevoir que même Schrott a été victime de ce trop plein de sonorités (comme quoi...  ).

Erwin Schrott domine incontestablement la distribution. Il avait tombé le noeud pap' dès son entrée sur scène et incarnait parfaitement le redoutable Attila : la voix a gagné en sûreté et en puissance, tant dans les graves stables et longuement tenus, que dans les aigus que la basse Uruguayenne sait donner avec efficacité. Un timbre désormais très séduisant et surtout,  justesse dans toute la partition malgré les difficultés.
Après son Procida (les Vêpres siciliennes), vu début octobre à Londres et quelques autres rôles précédants (dont le Mefistofele de Boito et l’un des Don Giovanni dans les reprises à Bastille de la mise en scène d’Haneke)- nul doute pour moi qu'il est entré dans la cour des grands et que que sa puissance n'est en rien contradictoire avec la finesse de son interprétation. On regrette de ne pas le voir en version scénique car Schrott a les deux talents...

Tatiana Serjan remerciant le chef Rustioni


La baryton russe Alexey Markov n'a pas sa puissance mais sa voix était parfaitement audible du parterre même si elle "sonne" moins nettement que celle de Schrott et sa prestation était tout à fait honorable surtout comparée au ratage de Giordano. On peut regretter cependant, qu’à plusieurs reprises, le manque de chaleur de son timbre ait rendu son personnage plus falot qu’il n’aurait fallu.

J'ai été un tout petit peu déçue, par contre, par Tatiana Serjan que j'avais entendue en Lady Macbeth excellente. Là le chant était très débraillé (le premier air est vraiment casse-gueule, c'est dingue) et tout au long de la prestation (malgré un engagement littéralement héroique), je n'ai pas perçu qu'elle dominait le rôle ni qu'elle était adéquate à autant de passages héroiques mariés à autant de vocalises. Exception faite du premier air de l’acte 1 (Oh! Nel fuggente nuvolo!) où elle rejoint son amant Foresto et que Tatiana Serjan exécute avec brio et une voix superbe, le reste est beaucoup moins soigné. Mais, à part Anna Pirozzi, je ne sais pas trop qui, aujourd’hui se lance dans un tel défi et ne serait-ce que pour cet exploit, je n’ai pas ménagé mes applaudissements en sa direction (comme le reste de la salle d’ailleurs°

Je ne peux pas dire que j'ai été déçue par Massimo Giordano car c'était évidemment, sur le papier, le maillon faible de la distribution. Le ténor italien a des problèmes de voix et d’interprétation depuis des années maintenant :  il chante en général Cavaradossi et le Des Grieux de Puccini par exemple, et il a chanté exactement le même rôle à Bastille lors du concert où avaient été donnés de larges extraits de cet Attila. Et à chaque fois que je l’ai entendu j’ai constaté les mêmes défauts récurrents désormais : timbre pauvre, voix sur le fil dans tous les moments dramatiques, fausses notes à répétition, aigus “blancs” qu’il tient longtemps comme pour corriger la mauvaise impression qui est quand même celle qui reste...

Inégal dans l’interprétation, cet opéra, qui ménage des difficultés terribles aux chanteurs, nous a quand même fait passer une bonne soirée, ne serait-ce que pour le plaisir d’entendre et de voir Erwin Schrott dans un de ses beaux rôles.


Les petits plus du blog

Attila, performance de la Scala, 1991, une des meilleures.
Attila: Samuel Ramey
Ezio: Giorgio Zancanaro
Odabella: Cheryl Studer
Foresto: Kaludi Kaludov



Director: Ricardo Muti
Teatro alla Scala 1991




Il existe un DVD de cette production








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