Dmitri Hvorostovsky nous a quittés, son art nous reste pour toujours.

Dmitri Hvorostovsky

Дмитрий Александрович Хворостовский


Notre baryton Russe vient de perdre son combat contre la maladie.
Il est mort aujourd'hui, chez lui à Londres.
Les hommages se multiplient dans le monde de la musique, de l'opéra.
J'avais écris cet hommage cet été pour lui souhaiter bon courage.
Hélas.
Triste moi aussi, je vous fais partager combien j'aimais cet artiste complet, fabuleux chanteur et très bon musicien, merveilleux acteur, qui me touchait profondément dans l'interprétation de son art.
A toi, Dyma.
Ta voix reste.

Hommages du MET, de l'opéra de Vienne, de Munich, des artistes amis Jonas Kaufmann, José Cura, Marcelo Alvarez, Patrizia Ciofi, Renée Fleming et tous les autres à venir....

Que la force soit avec lui



Dmitri Hvorostovsky est le genre d’artiste pour qui on a un coup de coeur dès la première fois où on le voit et on l’entend, tout simplement parce qu’il a cette flamme intérieure, cette passion de l’opéra qu’il transmet dans chacune de ses apparitions. Comme il possède une très solide technique au service d’une voix superbe, qu’il se montre toujours un excellent acteur, il domine souvent la scène d’un charisme incontestable. 

Félin, retors ou autoritaire, romantique ou machiavélique, il incarne toujours totalement ses personnages.

Je me souviens encore du choc que me fit l’information de son annulation pour le “Sommet des Stars” de juin 2015 à Munich pour lequel j’avais des places, et surtout des causes de cette annulation. Cette saloperie de cancer dont on ne revient pas souvent indemne.
Le soir de ce fameux fabuleux concert, le ténor bavarois Jonas Kaufmann qui faisait office de présentateur en tant que “puissance invitante”, avait prononcé quelques mots émouvants pour Dmitri, “Dyma” en lui souhaitant une guérison rapide et les trois Russes du gala, Anna Netrebko, Ildar Abradzakov et Elena Zhidkova, avaient lancé en choeur un “Avec toi Dyma, tous ensemble !”.

https://www.youtube.com/watch?feature=youtu.be&v=6ycOaNnjMAA&app=desktop


Ensuite les nouvelles du Baryton ont paru un temps rassurantes : son traitement était efficace, il revenait sur scène. Son retour au MET dans le Trovatore fut d’ailleurs un triomphe. La salle ravie, l’avait couvert de roses. Il avait retrouvé sa voix et semblait revenir de l’au delà en pleine forme.



Mais l’euphorie ne dura pas. Dmitri annonça qu’il ne pouvait plus se produire sur scène ayant du mal à retrouver son équilibre. 


Il donna pourtant des récitals dont celui du Chatelet à Paris l’an dernier (voir mon compte-rendu en fin de page) et quelques autres dont le dernier à Krasnoiarsk, sa ville natale, dans un état physique très inquiétant mais tenant bon sur ses jambes et concluant par un émouvant : “Je reviendrai”, écho à ce chant dont les Russes raffolent “Attends moi et je reviendrai”, tiré du poème de Constantin Simonov, poète soviétique de l’ère stalinienne qui écrivit énormément d’hymnes en hommage aux soldats de l’armée rouge morts au combat pendant la deuxième guerre mondiale.


“Attend-moi et je reviendrai” “Жди меня и я вернусь”





Avec “Les nuits de Moscou”, et “Comme nous étions jeunes”, ce troisième chant a été fréquemment donné en bis par Dmitri Hvorostovsky dans les concerts qu’il a beaucoup organisé avec ses “amis” c’est à dire avec d’autres chanteurs qu’il  invitait à l’occasion de grands shows, en plein air ou en salle, dont les Russes raffolent tel ses galas avec la basse Russe Ildar Albradzakov ou ce gala mémorable avec Jonas Kaufmann en 2008 




Ou avec Anna Netrebko en 2013





Ou encore celui-ci en octobre, alors qu’il est déjà malade, 2015 avec la mezzo-soprano Elīna Garanča, où on l’entend dans un extrait de Carmen 




Car Dmitri Hvorostovsky  surtout célèbre dans le monde entier pour ses rôles de baryton verdien, Iago (Otello), le comte de la Luna (Le Trovatore), Simon Boccanegra, Posa (Don Carlo), Germont Père (La Traviata)ou plus généralement “Italiens” comme Don Giovanni ou Cavaliera Rusticana,  a toujours voulu être aussi un chanteur Russe. 

Komsomol dans sa jeunesse, il n’a jamais oublié tous ces chants entonnés en choeurs à la veillée  et a organisé des concerts entiers uniquement composés de ces souvenirs nostalgiques et remplis à craquer.


"Comme nous étions jeunes" "Как молоды мы были"


Et outre ses rôles italiens, ses plus grands rôles ont été dans l’opéra Russe : Eugène Onéguine (Tchaikovski) extraordinaire, il a également très souvent chanté dans La dame du Pique et Iolanta (Tchaikovski), La Fiancée du Tsar (Rimski-Korsakov).

Il a été également la vedette à Salzbourg en 2004 d’un mémorable “Guerre et Paix” de Prokofiev, opéra fleuve et à la distribution forcément monstrueuse par le nombre d’artistes sollicités. Sous la direction du chef Russe du Mariinsky, Valéry Gergiev,   Dmitri Hvorostovsky était le Prince Andreï Bolkonski et donnait la réplique à la toute jeune Anna Netrebko en Natacha.




Né en 1962 à Krasnoiarsk en Sibérie, il a commencé sa carrière en Russie dans les années 80 et connait la notoriété internation
ale à partir de 1989, alors qu’il remporte le concours BBC Singer of the World compétition. Ecoutez-le dans cet enregistrement pris sur le vif par la BBC

La voix est magnifique par son ampleur, ses couleurs, l’accentuation de ses phrases et la technique irréprochables.


Tout jeune, un de ses premiers enregistrements



Dès lors il devient l’un des grands barytons de référence des scènes internationales et se produit tout autant au MET de New York qu’à Covent Garden à Londres ou à Munich, Berlin, la Scala ou Moscou et Saint Petersbourg.
Nous l’avons vu plusieurs fois à l’opéra de Paris : dans les Noces de Figaro, dans le Trovatore, dans Simon Boccanegra, dans Don Carlo et encore récemment à la rentrée 2014 après un très beau Iago à Pleyel, il campait un formidable Germont Père dans la Traviata (reprise de la mise en scène de Benoit Jacquot).

Dmitri Hvorostovsky  vedette internationale et vedette dans son pays, possède une discographie et une filmographie impressionnantes.
Son site avec tous les liens


Très bel enregistrement de mélodies Russes



Il est sans doute moins connu dans des opéras comme "Le Démon" d’Anton Rubinstein dont voici une version passionnante des talents multiples du baryton Russe.






En espérant avoir encore beaucoup à raconter sur cet artiste d'exception....

Un cadeau supplémentaire : La Traviata au ROH à Londres avec Anna Netrebko, Jonas Kaufmann et Dmitri.









Les petits plus du Blog

L'hommage de mon ami Stefano P.

https://jecroisentendreencore.blogspot.fr/2017/11/nos-plus-belles-annees.html

Les cigognes – l’un des plus émouvants (et des plus populaires) chants contre la Guerre




Récital du 10 novembre 2016 – Théâtre du Châtelet à Paris.
Présentation

Dmitri Hvorostovsky
Accompagné par Ivari Ilja au piano.

Programme

MIKHAIL GLINKA
To Molly (К молли)
How Sweet it is to Be With You (Как сладко с тобою мне быть)
Say Not That it Grieves the Heart (Не говори, что сердцу больно.)
Doubt (Сомнение)
bolero (Болеро)

NIKOLAI RIMSKY-KORSAKOV

On the Hills of Georgia, Op. 3, No. 4 (На холмах Грузии)
Oh, if Thou Couldst for One Moment, Op. 39, No. 1 (О, если бы ты мог на один момент)
The Wave Breaks Into Spray, Op. 46, No. 1 (Дробится, и плещет, и брызжет волна)
Not the Wind, Blowing from the Heights, Op. 43, No. 2 (Не ветер, вея с высоты)
What is My Name to Thee?, Op. 4, No. 1 ((Что в имени тебе моем?))
The Lark Sings Louder, Op. 43, No. 1 (Звонче жаворонка пенье )

PYOTR ILYICH TCHAIKOVSKY

I Bless You, Forests, Op. 47, No. 5 (Благословляю вас, леса)
The Nightingale, Op. 60. No. 4 (Соловей)
Amid the Din of the Ball, Op. 38, No. 3 (Средь шумного бала)
The First Meeting, Op. 63, No. 4 (Первое совещание,)

RICHARD STRAUSS
Allerseelen, Op. 10, No. 8
Befreit, Op. 39, No. 4
Zueignung, Op. 10, No. 1
Morgen, Op. 27, No. 4
Cäcilie, Op. 27, No. 2

La voix de baryton très profonde aux graves superbes de Hvorostovsky, sa diction parfaite, son sens du "chant" Russe, sont des atouts premiers dans ses interprétations telles que celles proposées ce soir (pour les "Russes", les textes sont de Tolstoi ou de Pouchkine).

Sa voix a sans doute un peu souffert de ses récents soucis de santé, mais c'est un plaisir de l'écouter dans sa propre langue où à mon sens, il est le meilleur de très loin et finalement un cadeau qui nous est assez rarement fait.

Le web a en ligne les joyaux de concerts des années 2000 donnés en Russie par Dmitri, j'en ai aussi (comme le public) les larmes aux yeux à l'écouter, submergée de souvenirs de ces superbes et mélancoliques chansons sur la guerre, la jeunesse perdue, la nostalgie.

Espérons que Dmitri nous offrira quelques uns de ces bis...

(je vous recommande : "Как молоды мы были", "comme nous étions jeunes", ou "Подмосковные вечера", littéralement "Soirées près de Moscou", généralement connue sous le nom de "Nuits de Moscou".

Anna Netrebko - Dmitri Hvorotovsky - Nuits de Moscou - Gala sur la Place Rouge (donné en Bis)


Compte-rendu, après spectacle
Une soirée magnifique, même si j'ai trouvé le pianiste un peu "quelconque", l'acoustique très moyenne, la salle de Châtelet très poussiéreuse, la scène grise et triste (pas d'efforts de décoration), le programme papier un peu "cheap" et le public peu averti puisqu'il applaudissait après chaque air, cassant l'unité du cycle à laquelle Hvorostovsky donne pourtant un sens.

Ces réserves mises à part, j'ai trouvé le baryton Russe en forme, même si son souffle n'est plus ce qu'il était, la voix module aussi moins facilement, mais l'interprétation reste souveraine, la diction parfaite (et pas mal en Allemand), la projection insolente et l'ensemble de très grande tenue.

C'est mieux quand on comprend le Russe évidemment mais la beauté des airs, notamment ceux de Glinka qui ouvrent le bal, a emporté l'adhésion dès le début du récital, terminant le cycle par le très entrainant et très enlevé "Boléro" (Болеро) après l'avoir entamé avec le très émouvant "A Molly" du cycle "les adieux à Saint-Petersbourg" (du poète Russe Koukolnik), qui est un long poème sur la tristesse de la maladie de l'être cher. Très beau cycle qui a son unité.

Rimsky-Korsakov est plus "difficile" à interpréter. Ce sont de courts poèmes de Pouchkine, un peu à la manière de Rimbaud ou de Verlaine, chaque mot, chaque phrase parait simple et recèle un double-sens, un paradoxe, c'est très bien mis en musique mais assez casse-gueule pour ne pas paraître par trop "banal". Dmitri sait magnifiquement en faire ressortir le ressort dramatique et poétique.

J'aime particulièrement le premier du cycle :
На холмах Грузии лежит ночная мгла;
Шумит Арагва предо мною.
Мне грустно и легко; печаль моя светла;
Печаль моя полна тобою,
Тобой, одной тобой... Унынья моего
Ничто не мучит, не тревожит,
И сердце вновь горит и любит — оттого,
Что не любить оно не может.

Après l'entracte nous passons à Tchaikovski et nous approchons, à mon sens, des airs d'opéras, poèmes plus complexes et plus littéraires de Tolstoi, le premier est absolument superbe là encore, très belle entrée en matière (Благословляю вас, леса), où l'on voit littéralement défiler les images des superbes taïgas russes, dès belle invocation à la nature et à chacun de ses brins d'herbe. Mais l'ensemble du cycle est de toute beauté.
Le Russe est une très belle langue quand elle est chantée. Il y a des langues qui dévoilent d'infinis charmes mises en musique et je dois dire que je succombe souvent.  

J'ai largement préféré les trois cycles Russes aux Lieder de Strauss même s'il les interprète très bien et avec beaucoup d'expressivité, là pour le coup, je lui préfère un certain Ténor allemand avec qui il avait donné en 2008 un superbe concert à Moscou et qui les donne souvent dans ses récitals de Liederabend ou, au pire, en bis.

En bis, Hvorotovsky n’a pas donné de chanson russe mais un “Credo” de son Iago (Otello de Verdi), magistral de noirceur et de force démoniaque. On pouvait hélas mesurer ses difficultés actuelles en se rappelant ses impressionnantes prestations dans le même rôle en juin 2014 salle Pleyel par exemple. N’empêche, même ainsi, il reste pour moi le meilleur Iago.

Une partie du public Russe de Paris était dans la salle mais ne formait guère qu'un petit huitième de l'ensemble.





Le poème de Simonov (et sa traduction ci-dessous)

Жди меня и я вернусь,
Только очень жди,
Жди, когда наводят грусть
Желтые дожди.
Жди, когда снега метут,
Жди, когда жара,
Жди, когда других не ждут,
Позабыв вчера.
Жди, когда из дальних мест
Писем не придет,
Жди, когда уж надоест
Всем, кто вместе ждет.
Жди меня, и я вернусь,
Не жалей добра
Всем, кто знает наизусть,
Что забыть пора.
Пусть поверят сын и мать
В то, что нет меня,
Пусть друзья устанут ждать,
Сядут у огня,
Выпьют горькое вино
На помин души...
Жди. И с ними заодно
Выпить не спеши.


ATTENDS MOI
Attends-moi et je reviendrai,
Simplement, attends-moi....
Attends, quand la pluie jaune
Apporte la tristesse,
Attends quand la neige tournoie,
Attends quand triomphe l’été
Attends quand le passé s’oublie
Et qu’on n’ attend plus les autres.
Attends quand des pays lointains
Il ne vient plus de courrier,
Attends, lorsque seront lassés
Ceux qui avec toi attendaient.
Si tu m’attends, je reviendrai.
Ne leur pardonne pas, à ceux
Qui vont trouver les mots pour dire
Qu’est venu le temps de l’oubli.
Et s’ils croient, mon fils et ma mère,
S’ils croient, que je ne suis plus,
Si les amis las de m’attendre
Viennent s’asseoir auprès du feu,
Et s’ils portent un toast funèbre
A la mémoire de mon âme...
Attends. Attends et avec eux
refuse de lever ton verre.
Si tu m’attends, je reviendrai
En dépit de toutes les morts.
Et qui ne m’a pas attendu
Peut bien dire : « C’est de la veine ».
Ceux qui ne m’ont pas attendu
D’où le comprendraient-ils, comment
En plein milieu du feu,
Ton attente
M’a sauvé.
Comment j’ai survécu, seuls toi et moi
Nous le saurons,
C’est bien simple, tu auras su m’attendre, comme personne.

Constantin SIMONOV (1915-1979)

La chanson "Soirées près de Moscou", et sa traduction

La chanson "Soirées près de Moscou", et sa traduction

Подмосковные вечера

Не слышны в саду даже шорохи,
Всё здесь замерло до утра.
Eсли б знали вы, как мне дороги
Подмосковные вечера.

Речка движется и не движется,
Вся из лунного серебра.
Песня слышится и не слышится
В эти тихие вечера.

Что ж ты, милая, смотришь искоса,
Низко голову наклоня?
Трудно высказать и не высказать
Всё, что на сердце у меня.

А рассвет уже всё заметнее.
Так, пожалуйста, будь добра.
Не забудь и ты эти летние
Подмосковные вечера.


Soirées près de Moscou

Dans le jardin, on n'entend pas même un bruit,
Tout ici est figé jusqu'au matin.
Si vous saviez combien me sont chères
Ces soirées près de Moscou.

La rivière coule et ne coule pas
Tout d'argent lunaire.
La chanson s'entend, et ne s'entend pas
Dans ces calmes soirées.

Pourquoi, ma douce, regardes-tu de côté
En penchant très bas la tête ?
C'est dur d'exprimer, et ne pas exprimer
Tout ce que j'ai dans mon coeur.

Et l'aurore déjà se fait visible
Ainsi, s'il te plait, je t'en prie
Toi non plus, n'oublie pas ces estivales
Soirées près de Moscou.




Et le forum de débat sur l’opéra ODB (où j'écris de temps en temps....)

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