Tannhäuser - Richard Wagner - Deutsche Oper Berlin - 2 décembre 2017


Tannhäuser und der Sängerkrieg auf Wartburg

Richard Wagner
Musique et livret
1845

Direction musicale : Michael Boder
Mise en scène : Kirsten Harms




Avec
Tannhäuser : Andreas Schager
Venus/Elisabeth : Emma Bell
Wolfram von Eschenbach : Markus Bruch
Walther von der Vogelweide : Clemens Biber
Landgraf Hermann : Ante Jerkunica  
Biterolf : Seth Carico
Heinrich der Schreiber : Gideon Poppe
Reinmar von Zweter : Andrew Harris
Hirt : Nicole Haslett

Choeurs et orchestre du Deutsche Oper Berlin

Séance du 2 décembre 2017





Tannhäuser est le cinquième opéra d’un Wagner qui n’a que 32 ans quand il en dirige la Première à Dresde en 1845.
Le récit se situe au 13ème siècle, près d’Eisenach en Thuringe, au château de Wartburg, où se déroulaient régulièrement des joutes de troubadours, thème de ce Tannhauser.

L’opéra commence par une ouverture célèbre à elle seule puisqu’elle est déjà une synthèse de l’art de Wagner dans les orchestrations cuivres et cordes et dans les thèmes attachés aux personnages que l’on retrouvera tout au long de l’oeuvre comme autant de marqueurs de leur évolution.

Lors de l’acte 1 Tannhäuser est prisonnier amoureux de Vénus, dans sa grotte mais s’ennuie et lui déclare que sa flamme s’est éteinte. Vénus le maudit mais le Venusberg disparait dès lors que Tannhäuser évoque Marie et Dieu. Il se retrouve sur terre et croise ses compagnons chanteurs qui se réjouissent de son retour (l’un des plus beaux “ensemble” de Wagner qui excelle dans ce genre). Mais il ne les accompagnera qu’à l’évocation par Wolfram du nom d’Elisabeth dont il est resté amoureux.
L’acte 2 voit d’abord les retrouvailles et l’air magnifique d’Elisabeth, puis la joute lyrique des chanteurs, chacun dans sa tessiture et son style (encore l’une des réussites majeures de cet opéra) et enfin l’aveu de Tannhauser sur les raisons de sa disparition qui provoque un scandale. Tannhäuser est condamné à un pélerinage à Rome pour sa rédemption.
L’acte 3 se situe un an plus tard alors que les pélerins reviennent mais sans Tannhauser. Il comprend les trois plus beaux airs de l’oeuvre, la prière à la Vierge d’Elisabeth, la Romance à l’étoile de Wolfram et le récit du voyage à Rome de Tannhauser. La mort d’Elisabeth conduira enfin Tannhäuser sur le chemin du repentir, après une dernière tentation de retourner auprès de Vénus.

Cette histoire de rédemption, d’amour pur contre l’amour charnel, est la dominante de l’opéra. 

La mise en scène de Kirsten Harms date de 2008 et elle s’est rodée au fil des années, atteignant une sorte de “classicisme” de référence que les chanteurs et les choeurs ont manifestement totalement adoptée.

Elle a en effet d’énormes qualités : les chevaliers en armure moyennâgeuse avec lance de tournoi sont omniprésents et l’ensemble joue sur différents niveaux en permanence, avec des éclairages subtils, des décors sombres, bleutés, très esthétiques, et des personnages qui descendent des cintres, des estrades qui montent faisant disparaitre progressivement une foule pour se concentrer sur l’un des solistes. S'y mêlent des scènes modernes plus discutables comme les pèlerins qui au final se retrouvent tous dans une grande salle commune d'hôpital....Mais cet aspect reste très secondaire dans l'équilibre d'ensemble.
De ce fait la mise en scène met en valeur les scènes de foules, comme les "ensemble" à 5, 6 ou 7 chanteurs, et les parties solistes héroïques ou "intimistes". Et c'est une de ses qualités essentielles qui fait, qu'avec de très bons interprètes ou au moins, des interprètes qui en utilisent tous les aspects avec intelligence, on est comblé. Et avec le Wolfram de Markus Brück, l'Elisabeth d'Emma Bell par exemple, nous avons des scènes "façon Lieder" absolument admirables. Ces moments où Wagner touche au génie parce qu'il sait ménager un solo chanté comme un Lied, avec orchestre en sourdine ou accompagnement de harpe tels que le " Ô du mein holder Abendstern " de Wolfram et la prière à la Vierge





C'est dans ces moments là que orchestre, chef, soliste ET mise en scène (scène dans la pénombre, 'héros" seul éclairé) rendent vraiment compte de ce génie et l'émotion vous submerge. Et il faut saluer les performances de l’orchestre et des choeurs sous la direction efficace et envoûtante de Michael Boder. Wagner est chez lui ici, le Deutsche Oper de Berlin (comme tous les opéras allemands) donne régulièrement Tannhäuser, l’oeuvre y est tout à la fois classique et magnifiée. 

Les solistes, de leur côté, ensemble, en duo ou seuls, ont tous leurs moments grandioses notamment le Wolfram de Markus Bruch et l’Hermann d'Ante Jerkunica, si on excepte ses aigus parfois difficiles. Il avait été récemment remarqué à Paris dans Macbeth au Théâtre des champs Elysées. Charmant Walther von der Vogelweide de Clemens Biber et assez bon
Biterolf de Seth Carico qui chante également Oberthal dans le Prophète en ce moment au DOB.

Emma Bell est la plus belle Elisabeth entendue récemment mais, par contre, c’est une Vénus en difficulté vocale, ce qui me confirme dans l’idée qu’il ne faut pas chanter les deux rôles qui exigent des qualités très différentes. Vénus est plutôt une Fricka quand Elisabeth est une Sieglinde, ce qui fait du début de l'acte 1, le maillon faible de la représentation quand l’acte 3 à l’inverse est sans doute le plus abouti.

La beauté du chant d’Elisabeth y est sublimé par une Emma Bell abandonnée, terriblement émouvante, parfaite dans ses accents, au timbre magnifique qui vous arrache des larmes. Rien que pour cette prière à la Vierge, ce Tannhauser aurait valu le déplacement...et Emma Bell mérite de figurer en bonne places dans les Elisabeth de référence.



Quant à Andreas Schager, ténor atypique s'il en est puisqu’il vient directement (et récemment) de l’opérette avant de devenir le heldenténor le plus recherché sur les places allemandes, il est en effet étonnant dans la qualité de son engagement global (y compris vocal) allant souvent au bord de la rupture (mais la maitrisant) et c'est sans doute ce qui fait qu'il donne lui aussi beaucoup d'émotion au public (qui l'a ovationné) dans l'interprétation de son rôle.
Je regrette ceci dit que son "Romerzählung " manque de nuances, entièrement chanté en force et encore plus peut-être que son "Hymne à Vénus" manque singulièrement d'équilibre dans la diction. C'est là qu'il mange une partie des consonnes et des articulations dans la diction qui font la beauté du chant.
Il savonne un peu les difficultés dans son premier air et manque de nuances dans son dernier mais qui a un tel aplomb, un tel coffre et une telle force de conviction qu'il vaut vraiment d’être entendu...
Je lui conseillerais cependant en toute modestie de travailler un peu sa technique s'il ne veut pas perdre sa voix à court terme, ce qui serait dommage.

Nous l’aurons en Parsifal à Paris mais ce rôle lui convient moins bien à mon sens, que celui du jeune Siegfried par exemple où il peut donner toute la mesure de son temparément explosif.

Très belle soirée, du Wagner comme je l'aime, avec subtilités et grandes doses d'émotions.

Mise en scène qui a du faire hurler le public en 2008 quand elle est sortie, qui ne produit plus aucune onde négative depuis longtemps et que les artistes en équipes, occupent très bien avec talent. Comme quoi...



PS : d'avoir vu un soir sur l'autre Tannhauser puis le Prophète j'ai trouvé une étrange similitude que je n'aurais surement pas remarqué autrement, entre le "A Rome, à Rome" et le "A Munster, à Munster"


Le petit plus du Blog:

Karajan, l'ouverture de Tannhäuser

https://www.youtube.com/watch?v=n-KayEaK-es

Et celle de Léonard Bernstein

https://www.youtube.com/watch?v=4At9fe2De4Y





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