Les Contes d'Hoffmann - Munich - 30 juillet 2017

Les Contes d’Hoffmann

de Jacques Offenbach

Séance du 30 Juillet 2017- Opéra de Munich, festival d’été.


Direction musicale : Constantin Trinks
Mise en scène : Richard Jones

Hoffmann : Michael Spyres
Olympia : Olga Pudova
Antonia / Giulietta / Stella : Diana Damrau
Lindorf / Coppélius / Dapertutto / Miracle : Nicolas Testé
Nicklausse /La Muse : Angela Brower
Cochenille / Pitichinaccio / Frantz : Kevin Conners
La voix de la mère : Okka von der Damerau
Spalanzani : Ulrich Reß
Nathanaël : Dean Power
Hermann : Sean Michael Plumb
Schlémil : Christian Rieger
Wilhelm : Galeano Salas
Crespel / Luther : Peter Lobert

Choeur du Bayerischen Staatsoper
Orchestre : Bayerisches Staatsorchester

Séance du 30 Juillet 2017- Opéra de Munich, festival d’été.

La mise en scène de ces Contes d’Hoffman date de 2011. Richard Jones, qui avait également mis en scène le fameux Lohengrin où le héros, fils de Parsifal, construisait une maison en kit, genre “Ikéa” avant de détruire les symboles de son bonheur et de mettre le feu à un charmant berceau d’enfant. Autant dire pour ceux qui s’en souviennent, que ses symboliques qui se réfèrent souvent au monde de l’enfance et du jouet, ne font généralement pas l’unanimité quand il s’agit de traiter d’oeuvres profondes et mythique. A toute fin utile, je signale qu’il sera le metteur en scène du Parsifal donné lors de la prochaine saison à l’Opéra de Paris.

J’ignore si les très importantes coupures pratiquées dans l’oeuvre et qui la dénature pratiquement, viennent de lui, mais le fait est que c’est le problème principal de cette soirée du 30 juillet, très déconcertante et très décousue.

Je trouve par ailleurs étrange de faire le choix pour ces Contes de la version de Michael Kaye et Jean Christophe Keck, donc la plus récemment établie et la plus fidèle à l’oeuvre originale d’Offenbach pour finalement la tronquer aussi outrageusement.
Heureusement, Diana Damrau, par sa fantaisie et son engagement totalement hors sujet mais absolument magnifique a littéralement sauvé la soirée.

Richard Jones choisit de mettre en scène ces Contes dans un décor unique dont l’intérieur et les accessoires évoluent en fonction de l’imagination d’Hoffmann : mais le metteur en scène manque, lui, singulièrement d’imagination. Du bistro, grande table pour qu’Hofmann puisse monter dessus chanter “Kleinsach”, du prologue où la muse ayant disparu dans les coupures, Nicklausse est son double, à une sorte de salle de classe ou de patronage à l’acte d’Olympia (la poupée), puis à un salon sombre et dépouillé habité par un gigantesque piano pour l’acte d’Antonia, enfin à un lupanar douteux et outré pour un acte de Giuletta où domine la démesure, pour finir sur un final si court que je ne suis pas sûre de me rappeler le décor... Rien de transcendant donc, même si tout cela est plutot bien mené, la mise en scène étant rodée à Munich. Rien de “magique” surtout ce qui est, normalement, le “sel” de ce chef d’oeuvre d’Offenbach.
Et surtout, un acte d’Olympia coupant la moitié des reprises de l’automate qui sont le ressort du côté comique et fou du premier rêve d’Hoffmann, un acte d’Antonia tronquant la voix d’outre tombe de la mère, la réduisant à quelques mesures, un acte de Giuletta carrément réduit d’un bon tiers et un final expédié en quelques notes, font qu’on hésite sincèrement à reconnaitre l’oeuvre. Pour les artistes c’est aussi un challenge que de rendre crédibles des personnages dont une partie des caractéristiques a été gommée.

La distribution a, elle aussi, failli souffrir de multiples changements de dernière minute. Au départ, lors de l’annonce de la saison, c’était Diana Damrau qui assurait les 4 rôles des figures féminines des Contes. Elle en avait créé trois dans cette production, elle avait marqué les rôles de sa fantaisie toute personnelle et je ne me rappelle plus du tout pour quelle raison elle s’était retirée de la production en cours de route (?). La soprano Polonaise Aleksandra Kurzak était alors programmée à son tour pour les 4 rôles. Elle s’est retirée à son tour quelques jours avant cette double reprise des Contes pour les 27 et 30 juillet. Retour de Diana Damrau en catastrophe ce qui épaissit le mystère de sa première annulation (????).
La Basse Ildar Abradzakov s’est également retiré de la production très tardivement et a été remplacé par un habitué du rôle, Nicolas Testé.
Bref, il n’a pas du y avoir beaucoup de répétitions pour cette reprise compte tenu des circonstances.
Pour tout arranger, un orage démesuré lui aussi, s’abattait sur Munich pendant la représentation, orage dont nous avons pu voir les effets spectaculaires lors du premier entracte en sortant sur les marches de l’opéra prendre l’air. Sans que je sache s’il y avait un rapport de cause à effet, les surtitres étaient en panne durant tout le prologue et une bonne partie de l’acte 1, créant un certain flottement chez mes voisins allemands et permettant de repérer les Français dans la salle, les seuls qui riaient à propos.

Et pourtant, une fois admis que ces “Contes” seraient un OVNI dans le monde de l’art lyrique, j’ai passé une bonne soirée essentiellement grâce à Diana Damrau.
La soprano allemande est un spectacle à elle toute seule et si j’ai parfois des réserves sur ses inteprétations de Violetta ou de Lucia (pire encore pour Juliette...) que je trouve outrées, là il faut reconnaitre que sa démesure fonctionne très bien.
Elle n’est pas du tout la pauvre Antonia qui n’a plus le droit de chanter (acte tragique), elle est une Antonia survitaminée qui hurle son malheur, traversant la scène avec force de gestes tragiques exagérés, comme une véritable folle, teint blanchâtre, cheveux longs noirs. Elle évoque, comme me l’a fait remarquer un ami à l’entracte, le personnage de Morticcia Adams (“la famille Adams”). C’est dire si on est loin d’Antonia...
Mais bon c’est si bien incarné qu’on marche...
En Giuletta c’est encore pire : elle est exagérément une femme de petite vertu, une danseuse de cabaret, donne l’air de s’amuser énormément en chantant de plus en plus fort, avec des aigus éclatants de sonorité (mais pas toujours très beaux...), une verve vocale qui fait plaisir à entendre et une “occupation” des sols du plateau de Munich qui ne laisse aucune place à ses partenaires.
Le rôle de Stella (à part un très beau manteau avec étole de fourrure) ayant pratiquement disparu de la mise en scène, il n’y a rien à en dire...

Face  à ce torrent très jouissif quoique très éloigné des mystères des Contes, le Hoffmann de Michael Spyres peine à exister...
Le rôle avait été crée en 2011 par un Rolando Villazon de retour d’une longue absence pour problèmes de santé.
Michael Spyres ne m’a pas paru adéquat au rôle (j’avais éprouvé le même sentiment à l’écoute de son Don José dans Carmen au TCE récemment). Il commence plutôt bien lors du Prologue et du début de l’acte d’Olympia, belle voix, joli jeu de scène très convainquant mais on le sent quand même loin de sa zone de confort et de son magnifique Mitridate de juin dernier à Londres (voir mon CR dans ce blog). L’orchestre de l’opéra de Munich pour les Contes, n’est pas la petite formation baroque de Chistophe Rousset et Spyres va devoir affronter une épreuve redoutable pour un chanteur : l’obligation de forcer sa voix au fur et à mesure qu’Hoffmann devient un personnage plus tragique et surtout, au fur et à mesure que Damrau déploie, elle, des décibels à faire pâlir toutes les autres sopranos de la planète lyrique.
Ca ne marche pas et il semble s’éteindre littéralement, au point qu’à l’acte d’Antonia, on se demande s’il va finir la séance (les aigus deviennent précautionneux et il n’y a plus aucune “superbe” dans son chant) et qu’à l’acte de Giuletta il devient presque transparent.
Je ne suis vraiment pas sûre qu’il ait raison de vouloir chanter ces rôles qui ne lui conviennent pas et mettront à la longue, sa voix en danger...
Saluons par contre son impeccable Français, à l’instar d'un autre ténor américain, Polenzani la veille dans la Favorite.

Le Français de la soprano américaine Angela Brower est nettement moins bon. Elle campe un Nicklausse un peu éteint pendant le prologue, mieux chantant par la suite mais sans grand relief ; belle présence sur scène malgré tout dans une production où elle a créé le rôle.

Jolie Olympia d’Olga Pudova (qui heureusement chante avant l’apparition explosive de DD sur scène) : la scène est bien montée pour cet acte même s’il est assez étrange d’avoir choisi l’interprétation “poupée” pour enfants curieux (Hoffmann et Nicklausse sont en culotte courte pour cet acte) alors qu’il s’agit de tout autre chose dans les “Contes”.

Nicolas Testé chante et joue bien les 4 rôles de Lindorf , Coppélius, Dapertutto et Miracle : diction impeccable, belle voix et beau timbre et superbe présence scénique. Lui ne se laisse pas démonter par l’omniprésence de DD et il faut bien le dire, il maitrise particulièrement bien l’opéra Français, petit plaisir de la soirée.

Kevin Conners est un enfant de la troupe de l’opéra de Bavière. Belle école pour ces jeunes talents qu’on peut ainsi voir et entendre dans toutes sortes de rôles dans la même saison. Il est absolument irrésistible en Cochenille déguisé en travelo à l’acte d’Olympia.

J’ai bien aimé également la direction musicale du jeune chef Constantin Trinks qui allie fougue et subtilité sans se laisser (trop) déborder par sa fougueuse soprano. Il veillera à ne pas couvrir Spyres quand celui-ci montre des signes évidents de fatigue vocale et d’une manière générale, a été un atout dans la soirée.
Je l’avais déjà remarqué pendant la saison à Munich dans un très sympa “Enlèvement au sérail” qui est, évidemment, un tout autre répertoire. Chef à suivre donc....
















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