CD d'airs d'opéra en duos, Rolando Villazon et Ildar Abradzakov - Septembre 2017

CD d'airs d'opéra en duos, Rolando Villazon et Ildar Abradzakov




Rolando Villazon, ténor
Ildar Abdrazakov, basse

Orchestre Métropolitain de Montréal
Direction musicale
Yannick Nézet-Séguin

Malgré quelques morceaux réussis, l’ensemble du CD que vient de sortir la Deutsche Gramophone avec le très médiatique et célèbre Rolando Villazon et la basse Russe Ildar Abradzakov en passe de devenir la star de sa tessiture, laisse un goût d’inachevé, assez globalement décevant.

Sans doute cela tient-il en partie au fait que les deux artistes n’interprètent pas du tout de la même manière les “musts” du CD, en particulier les airs de l’Elisir D’amore. Mais dès le fameux duo des Pêcheurs de perle, à l’inverse de l’extrait (beaucoup plus long) proposé par Kaufmann et Tézier sur le CD “l’Opéra” où l’on pouvait trouver les deux voix trop proches (ce que personnellement j’avais au contraire apprécié), là entre la voix de ténor assez légère de Villazon et la basse profonde et grave de Abradzakov, le courant ne passe pas très bien. C’est bien exécuté (si on oublie leurs accents respectifs ...) mais l’émotion n’est pas vraiment au rendez-vous et on ne croit pas à cette amitié passionnée des retrouvailles qu’ils sont censés incarner.

Les deux extraits du Mefistofele de Boito, sont déjà davantage dans leurs tessitures respectives puisqu’il s’agit bien d’un ténor lyrique et d’une basse. Là, j’ai beaucoup aimé Abradzakov dans son solo “Son lo spirito che nega” ; le rôle de Mefisto va bien, il en a le côté grave et vaguement effrayant et qui sait installer ce sentiment d’effroi chez l’auditeur. Hélas, Villazon, même si le timbre est plus régulier et plus élégant qu’il ne le fut sur scène ces dernières années, et surtout moins effiloché, garde ce côté nasillard qu’il n’avait pas avant son accident vocal et qui affaiblit souvent sa prestation.

J’ai plutot aimé également les deux extraits de Don Pasquale et pas du tout ceux de l’Elisir où le contraste dans les styles interdit toute crédibilité à ces airs, que Villazon chante avec beaucoup d’entrain et d’humour sans entrainer son compagnon dans la fantaisie nécessaire.

Jolie surprise aussi avec  le deuxième extrait de Simon BoccanegraVieni a mi” où l’obligation de chanter très lentement permet à Villazon de déployer sans doute la plus belle voix qu’il est capable de donner aujourd’hui ce qui est agréable et globalement réussi.

La suite montre qu’hélas, dès qu’il doit chanter davantage en force et dans les aigus, la voix devient à nouveau assez désagréable à entendre, c’est le cas  pour le court “Mais ce Dieu” du Faust de Gounod et pour le duo “Me voici” qui est sans doute la prestation la moins convaincante des deux protagonistes. Ce “Faust” là, entendu d’ailleurs à la Bastille avec la basse Russe, ne lui convient pas non plus. La voix n’arrive pas à se poser et l’interprétation en pâtit.

On peut faire à peu près la même remarque sur l’extrait de Carmen qui suit : Abradzakov n’a jamais été un très bon Escamillo à mon avis, sa voix perd en profondeur dans ce rôle assez léger et assez fantaisiste et il n’a pas la classe et la beauté qu’il parvient à atteindre dans ses meilleurs rôles, comme son magnifique Attila par exemple. Comme Villazon n’a pas vraiment de crédibilité dans le rôle de Don José et que nos deux compères leur faible appétence pour la prononciation de la langue de Molière, le duo n’est guère au niveau attendu d’un CD de ce type.

Granada pour Villazon, Les yeux noirs pour Abdrazakov, jolie idée d’un échange de bons procédés entre deux compères, classique dans les récitals à deux chanteurs de nationalité, culture et traditions différentes. Pourquoi pas ? Mais bon, encore faut-il que le sympathique et bouillant touche à tout qu’est Rolando Villazon arrive à nous faire croire à une vraie complicité avec un chanteur qui garde toujours son style “premier de la classe”.

Il eut été plus judicieux de laisser chacun chanter son air....

L’orchestre de Montréal dirigé avec entrain et efficacité par le brillant chef québécois Yannick Nezet-Seguin, futur directeur musical du MET, et petit génie de la baguette, est un bien bel écrin pour des prestations lyriques qui, globalement, laissent l’auditeur sur sa faim.






Georges Bizet  
« C' était le soir - Au fond du temple saint » (Les pêcheurs de perles)

Arrigo Boito
« Son lo spirito che nega » (Mefistofele)
« Strano figlio del Caos » (Mefistofele)

Gaetano Donizetti
« La vostra ostinazione - Prender moglie?  » (Don Pasquale)
« Sogno soave e casto mi fa il destin mendico » (Don Pasquale )
« Ardir! Ha forse il cielo » (L’elisir d’amore)
« Voglio dire » (L’elisir d’amore)

Giuseppe Verdi
« Propizio a giunge!  » (Simone Boccanegra)
« Vieni a me, ti benedico » (Simone Boccanegra)

Charles Gounod
« Mais ce Dieu » (Faust)
« Me voici - d'où vient ta surprise!  » (Faust)

Georges Bizet 
« Je suis Escamillo » (Carmen)

Augustin Lara
Granada (arrangement de Julian Reynolds)

Yevhen Hrebinka 
Очи чёрные, Otchi tchornye (les yeux noirs, chant populaires ukrainien, arrangement de Julian Reynolds)



Rolando Villazon et Ildar Abradzakov entament une tournée de récitals à deux, et seront à Paris le 9 décembre au Théâtre des Champs Elysées avec l’orchestre de la Deutsche Staatsphilharmonie Rheinland-Pfalz sous la direction de Guerassim Voronkov.

Nul doute que le récital sera animé et joyeux, ne serait-ce qu’à cause de la faculté du ténor mexicain à rendre gai n’importe quel rôle et à dialoguer de manière sympathique avec son public.




On pourra entendre Ildar Abradzakov dans un rôle qui lui convient magnifiquement, celui du roi Philippe II dans Don Carlos à Bastille le mois prochain. Espérons juste que sa diction française se sera améliorée. Puis il sera Figaro dans les Noces et Assur dans Sémiramide au MET, puis Attila (son meilleur rôle à mon avis) au Liceu de Barcelone avant de revenir à Paris en Boris Godounov à Bastille, prestation qu’il ne faudra pas rater.


Rolando Villazon, on le sait, poursuit sa carrière de chanteur avec beaucoup de prudence du fait de ses difficultés vocales résultant, hélas, de rôles imprudemment chantés trop tôt ou ne correspondant pas à sa voix. Il sera metteur en scène d’un Don Pasquale à Berlin lors de la prochaine saison et devrait également chanter un Lensky à Vienne, puis un Pelléas à Berlin et enfin un Papageno à Baden Baden, surprise donc puisqu’il s’agit de deux rôles de barytons.


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