Hommage à Dmitri Hvorostovsky
Dmitri
Hvorostovsky
Дмитрий Александрович Хворостовский
Notre baryton Russe est gravement malade, atteint
par une saloperie de tumeur au cerveau, depuis maintenant plus de deux ans. Mais il est encore en vie et lutte contre la maladie.
Cette page est écrite pour lui rendre
hommage et lui souhaiter de gagner son inégal combat contre la maladie.
Félin, retors ou autoritaire, romantique ou
machiavélique, il incarne toujours totalement ses personnages.
Je me souviens encore du choc que me fit l’information de son annulation pour le “Sommet des Stars” de juin 2015 à Munich pour lequel j’avais des places, et surtout des causes de cette annulation. Cette saloperie de cancer dont on ne revient pas souvent indemne.
Le soir de ce fameux fabuleux concert, le
ténor bavarois Jonas Kaufmann qui faisait office de présentateur en tant que
“puissance invitante”, avait prononcé quelques mots émouvants pour Dmitri,
“Dyma” en lui souhaitant une guérison rapide et les trois Russes du gala, Anna
Netrebko, Ildar Abradzakov et Elena Zhidkova, avaient lancé en choeur un “Avec
toi Dyma, tous ensemble !”.
Ensuite les nouvelles du Baryton ont paru
un temps rassurantes : son traitement était efficace, il revenait sur scène.
Son retour au MET dans le Trovatore fut d’ailleurs un triomphe. La salle ravie,
l’avait couvert de roses. Il avait retrouvé sa voix et semblait revenir de l’au
delà en pleine forme.


Mais l’euphorie ne dura pas. Dmitri annonça
qu’il ne pouvait plus se produire sur scène ayant du mal à retrouver son
équilibre.


Il donna pourtant des récitals dont celui
du Chatelet à Paris l’an dernier (voir mon compte-rendu en fin de page) et
quelques autres dont le dernier à Krasnoiarsk, sa ville natale, dans un état
physique très inquiétant mais tenant bon sur ses jambes et concluant par un
émouvant : “Je reviendrai”, écho à ce chant dont les Russes raffolent “Attends
moi et je reviendrai”, tiré du poème de Constantin Simonov, poète soviétique de
l’ère stalinienne qui écrivit énormément d’hymnes en hommage aux soldats de
l’armée rouge morts au combat pendant la deuxième guerre mondiale.
“Attend-moi et je reviendrai” “Жди меня и я
вернусь”
Avec “Les nuits de Moscou”, et “Comme nous
étions jeunes”, ce troisième chant a été fréquemment donné en bis par Dmitri Hvorostovsky dans les concerts qu’il a beaucoup organisé avec ses “amis” c’est à
dire avec d’autres chanteurs qu’il invitait à l’occasion de grands shows,
en plein air ou en salle, dont les Russes raffolent tel ses galas avec la
basse Russe Ildar Albradzakov ou ce gala mémorable avec Jonas Kaufmann en 2008
Ou avec Anna Netrebko en 2013
Ou encore celui-ci en octobre, alors qu’il
est déjà malade, 2015 avec la mezzo-soprano Elīna Garanča, où on l’entend dans
un extrait de Carmen
Car Dmitri Hvorostovsky surtout célèbre dans le monde entier pour ses rôles de baryton verdien, Iago (Otello), le comte de la Luna (Le Trovatore), Simon Boccanegra, Posa (Don Carlo), Germont Père (La Traviata), ou plus généralement “Italiens” comme Don Giovanni ou Cavaliera Rusticana, a toujours voulu être aussi un chanteur Russe.
Komsomol dans sa jeunesse, il n’a
jamais oublié tous ces chants entonnés en choeurs à la veillée et a organisé des concerts entiers uniquement
composés de ces souvenirs nostalgiques et remplis à craquer.
"Comme nous étions jeunes" "Как
молоды мы были"
Et outre ses rôles italiens, ses plus
grands rôles ont été dans l’opéra Russe : Eugène Onéguine (Tchaikovski)
extraordinaire, il a également très souvent chanté dans La dame du Pique et
Iolanta (Tchaikovski), La Fiancée du Tsar (Rimski-Korsakov).
Il a été également la vedette à Salzbourg
en 2004 d’un mémorable “Guerre et Paix” de Prokofiev, opéra fleuve et à la
distribution forcément monstrueuse par le nombre d’artistes sollicités. Sous la
direction du chef Russe du Mariinsky, Valéry Gergiev, Dmitri
Hvorostovsky était le Prince Andreï Bolkonski et donnait la réplique à la toute
jeune Anna Netrebko en Natacha.
Né en 1962 à Krasnoiarsk en Sibérie, il a commencé sa carrière en Russie dans
les années 80 et connait la notoriété internationale à partir de 1989, alors qu’il
remporte le concours BBC Singer of the World compétition. Ecoutez-le dans cet
enregistrement pris sur le vif par la BBC
La voix est magnifique par son
ampleur, ses couleurs, l’accentuation de ses phrases et la technique
irréprochables.
![]() |
Tout jeune, un de ses premiers enregistrements |
Dès lors il devient l’un des grands
barytons de référence des scènes internationales et se produit tout autant au
MET de New York qu’à Covent Garden à Londres ou à Munich, Berlin, la Scala ou
Moscou et Saint Petersbourg.
Nous l’avons vu plusieurs fois à l’opéra de
Paris : dans les Noces de Figaro, dans le Trovatore, dans Simon Boccanegra,
dans Don Carlo et encore récemment à la rentrée 2014 après un très beau Iago à
Pleyel, il campait un formidable Germont Père dans la Traviata (reprise de la
mise en scène de Benoit Jacquot).
Son site avec tous les liens
![]() |
Très bel enregistrement de mélodies Russes |
Il est sans doute moins connu dans des
opéras comme "Le Démon" d’Anton Rubinstein dont voici une
version passionnante des talents multiples du baryton Russe.
En espérant avoir encore beaucoup à
raconter sur cet artiste d'exception....
Les petits plus du Blog
Les cigognes – l’un des plus émouvants (et des plus
populaires) chants contre la Guerre
Récital du 10 novembre 2016 – Théâtre du Châtelet à Paris.
Présentation
Dmitri Hvorostovsky
Accompagné par Ivari Ilja au piano.
Programme
MIKHAIL GLINKA
To Molly (К молли)
How Sweet it is to Be With You (Как сладко
с тобою мне быть)
Say Not That it Grieves the Heart (Не
говори, что сердцу больно.)
Doubt (Сомнение)
bolero (Болеро)
NIKOLAI RIMSKY-KORSAKOV
On the Hills of Georgia, Op. 3, No. 4 (На
холмах Грузии)
Oh, if Thou Couldst for One Moment, Op. 39,
No. 1 (О, если бы ты мог на один момент)
The Wave Breaks Into Spray, Op. 46, No. 1
(Дробится, и плещет, и брызжет волна)
Not the Wind, Blowing from the Heights, Op.
43, No. 2 (Не ветер, вея с высоты)
What is My Name to Thee?, Op. 4, No. 1
((Что в имени тебе моем?))
The Lark Sings Louder, Op. 43, No. 1
(Звонче жаворонка пенье )
PYOTR ILYICH TCHAIKOVSKY
I Bless You, Forests, Op. 47, No. 5
(Благословляю вас, леса)
The Nightingale, Op. 60. No. 4 (Соловей)
Amid the Din of the Ball, Op. 38, No. 3
(Средь шумного бала)
The First Meeting, Op. 63, No. 4 (Первое
совещание,)
RICHARD STRAUSS
Allerseelen, Op. 10, No. 8
Befreit, Op. 39, No. 4
Zueignung, Op. 10, No. 1
Morgen, Op. 27, No. 4
Cäcilie, Op. 27, No. 2
La voix de baryton très profonde aux graves
superbes de Hvorostovsky, sa diction parfaite, son sens du "chant"
Russe, sont des atouts premiers dans ses interprétations telles que celles
proposées ce soir (pour les "Russes", les textes sont de Tolstoi ou
de Pouchkine).
Sa voix a sans doute un peu souffert de ses
récents soucis de santé, mais c'est un plaisir de l'écouter dans sa propre
langue où à mon sens, il est le meilleur de très loin et finalement un cadeau
qui nous est assez rarement fait.
Le web a en ligne les joyaux de concerts
des années 2000 donnés en Russie par Dmitri, j'en ai aussi (comme le public)
les larmes aux yeux à l'écouter, submergée de souvenirs de ces superbes et
mélancoliques chansons sur la guerre, la jeunesse perdue, la nostalgie.
Espérons que Dmitri nous offrira quelques
uns de ces bis...
(je vous recommande : "Как
молоды мы были", "comme nous étions jeunes", ou "Подмосковные
вечера", littéralement "Soirées près de Moscou", généralement
connue sous le nom de "Nuits de Moscou".
Anna Netrebko - Dmitri Hvorotovsky - Nuits
de Moscou - Gala sur la Place Rouge (donné en Bis)
Compte-rendu, après spectacle
Une soirée magnifique, même si j'ai trouvé
le pianiste un peu "quelconque", l'acoustique très moyenne, la salle
de Châtelet très poussiéreuse, la scène grise et triste (pas d'efforts de
décoration), le programme papier un peu "cheap" et le public peu
averti puisqu'il applaudissait après chaque air, cassant l'unité du cycle à
laquelle Hvorostovsky donne pourtant un sens.
Ces réserves mises à part, j'ai trouvé le
baryton Russe en forme, même si son souffle n'est plus ce qu'il était, la voix
module aussi moins facilement, mais l'interprétation reste souveraine, la
diction parfaite (et pas mal en Allemand), la projection insolente et
l'ensemble de très grande tenue.
C'est mieux quand on comprend le Russe
évidemment mais la beauté des airs, notamment ceux de Glinka qui ouvrent le
bal, a emporté l'adhésion dès le début du récital, terminant le cycle par le
très entrainant et très enlevé "Boléro" (Болеро) après l'avoir entamé
avec le très émouvant "A Molly" du cycle "les adieux à
Saint-Petersbourg" (du poète Russe Koukolnik), qui est un long poème sur
la tristesse de la maladie de l'être cher. Très beau cycle qui a son unité.
Rimsky-Korsakov est plus
"difficile" à interpréter. Ce sont de courts poèmes de Pouchkine, un
peu à la manière de Rimbaud ou de Verlaine, chaque mot, chaque phrase parait
simple et recèle un double-sens, un paradoxe, c'est très bien mis en musique
mais assez casse-gueule pour ne pas paraître par trop "banal". Dmitri
sait magnifiquement en faire ressortir le ressort dramatique et poétique.
J'aime particulièrement le premier du cycle
:
На холмах Грузии лежит ночная мгла;
Шумит Арагва предо мною.
Мне грустно и легко; печаль моя светла;
Печаль моя полна тобою,
Тобой, одной тобой... Унынья моего
Ничто не мучит, не тревожит,
И сердце вновь горит и любит — оттого,
Что не любить оно не может.
Après l'entracte nous passons à Tchaikovski
et nous approchons, à mon sens, des airs d'opéras, poèmes plus complexes et
plus littéraires de Tolstoi, le premier est absolument superbe là encore, très
belle entrée en matière (Благословляю вас, леса), où l'on voit littéralement
défiler les images des superbes taïgas russes, dès belle invocation à la nature
et à chacun de ses brins d'herbe. Mais l'ensemble du cycle est de toute beauté.
Le Russe est une très belle langue quand
elle est chantée. Il y a des langues qui dévoilent d'infinis charmes mises en
musique et je dois dire que je succombe souvent.

J'ai largement préféré les trois cycles
Russes aux Lieder de Strauss même s'il les interprète très bien et avec
beaucoup d'expressivité, là pour le coup, je lui préfère un certain Ténor
allemand avec qui il avait donné en 2008 un superbe concert à Moscou et qui les
donne souvent dans ses récitals de Liederabend ou, au pire, en bis.
En bis, Hvorotovsky n’a pas donné de
chanson russe mais un “Credo” de son Iago (Otello de Verdi), magistral de
noirceur et de force démoniaque. On pouvait hélas mesurer ses difficultés
actuelles en se rappelant ses impressionnantes prestations dans le même rôle en
juin 2014 salle Pleyel par exemple. N’empêche, même ainsi, il reste pour moi le
meilleur Iago.
Une partie du public Russe de Paris était
dans la salle mais ne formait guère qu'un petit huitième de l'ensemble.
Le poème de Simonov (et sa traduction
ci-dessous)
Жди меня и я вернусь,
Только очень жди,
Жди, когда наводят грусть
Желтые дожди.
Жди, когда снега метут,
Жди, когда жара,
Жди, когда других не ждут,
Позабыв вчера.
Жди, когда из дальних мест
Писем не придет,
Жди, когда уж надоест
Всем, кто вместе ждет.
Жди меня, и я вернусь,
Не жалей добра
Всем, кто знает наизусть,
Что забыть пора.
Пусть поверят сын и мать
В то, что нет меня,
Пусть друзья устанут ждать,
Сядут у огня,
Выпьют горькое вино
На помин души...
Жди. И с ними заодно
Выпить не спеши.
ATTENDS MOI
Attends-moi et je reviendrai,
Simplement, attends-moi....
Attends, quand la pluie jaune
Apporte la tristesse,
Attends quand la neige tournoie,
Attends quand triomphe l’été
Attends quand le passé s’oublie
Et qu’on n’ attend plus les autres.
Attends quand des pays lointains
Il ne vient plus de courrier,
Attends, lorsque seront lassés
Ceux qui avec toi attendaient.
Si tu m’attends, je reviendrai.
Ne leur pardonne pas, à ceux
Qui vont trouver les mots pour dire
Qu’est venu le temps de l’oubli.
Et s’ils croient, mon fils et ma mère,
S’ils croient, que je ne suis plus,
Si les amis las de m’attendre
Viennent s’asseoir auprès du feu,
Et s’ils portent un toast funèbre
A la mémoire de mon âme...
Attends. Attends et avec eux
refuse de lever ton verre.
Si tu m’attends, je reviendrai
En dépit de toutes les morts.
Et qui ne m’a pas attendu
Peut bien dire : « C’est de la
veine ».
Ceux qui ne m’ont pas attendu
D’où le comprendraient-ils, comment
En plein milieu du feu,
Ton attente
M’a sauvé.
Comment j’ai survécu, seuls toi et moi
Nous le saurons,
C’est bien simple, tu auras su m’attendre,
comme personne.
Constantin SIMONOV (1915-1979)
Et le forum de débat sur l’opéra ODB (où j'écris de temps en temps....)
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