La Ronde - Philippe Boesmans - Amphithéâtre de la Bastille - 2 novembre 2017
Reigen (la Ronde)
de Philippe Boesmans et Fabrizio Cassol
Opéra en dix scènes
Livret : Luc Bondy
D’après la pièce d’Arthur
Schnitzler « Reigen »– 1897 -
Séance du 2 novembre 2017 - Bastille, ONP, amphithéâtre.
Direction musicale : Jean
Deroyer
Mise en scène : Christiane
Lutz, nouvelle production
Avec
Dirne (La prostituée) :
Sarah Shine
Soldat (Le soldat) : Juan
de Dios Mateos
Stubenmädchen (La femme
de chambre) : Jeanne Ireland
Junger Herr (Le jeune
monsieur) : Maciej Kwaśnikowski
Junger Frau (La jeune
femme) : Marie Perbost , Marianne Croux
Gatte (Le mari) : Mateusz
Hoedt
Süsses Mädchen (La
grisette) : Farrah El Dibany
Dichter (Le poète) :
Jean-François Marras
Sängerin (La cantatrice)
: Sofija Petrovic, Angélique Boudeville
Graf (Le comte) : Danylo
Matviienko
Scénographie : Christian
Tabakoff
Costumes : Natascha
Maraval
Lumières : Daniel Levy
Dramaturgie : Stefan
Ulrich
Artistes de l’Académie de
l’Opéra national de Paris
Orchestre-Atelier Ostinato
Orchestre-Atelier Ostinato
La pièce d’Arthur
Schnitzler déclencha, lors de sa parution (et de son succès immédiat) une très
sérieuse polémique : on avait là une sorte d’exaltation de l’amour libre,
avec une certaine dénonciation des hypocrisies en cours à Vienne à l’époque.
Les attaques contre cette « atteinte aux bonnes mœurs » se transformèrent
rapidement en attaques antisémites (Schnitzler était juif) et la pièce fut
interdite en 1904.
En dix scénettes, la
Ronde met en effet en scène un couple, lui1 et elle1, puis lui1 et elle2 et
ainsi de suite jusqu’au retour de elle1 qui porte le joli nom de « Leocadia »
et ferme la ronde.
Pour vous y retrouver
voilà la liste des « titres » des différentes scènes
- La prostituée et le soldat
- Le soldat et la femme de chambre
- La femme de chambre et le jeune monsieur
- Le jeune monsieur et la femme mariée
- La femme mariée et l'époux
- L'époux et la grisette
- La grisette et l'auteur
- L'auteur et la comédienne
- La comédienne et le comte
- Le comte et la prostituée
Comme on le voit très
rapidement, la pièce (et l’opéra qui lui est très fidèle) met volontairement en
scène des processus amoureux touchant toutes les classes sociales et beaucoup
de lieux et de milieux différents, le tout se situant dans Vienne.
Le
compositeur Belge de musique contemporaine Philippe Boesmans a composé l’opéra
à partir de la pièce et d’un livret écrit par Luc Bondy en 1993. l’opéra a été créé en mars 1993 à La Monnaie,
Bruxelles.
C’est Gérard Mortier
lui-même (alors directeur de la Monnaie) qui avait demandé à Luc Bondy d’écrire
cet opéra qui sera composé par Boesmans, une commande spécifique pour la
Monnaie. La Ronde était alors mise en scène par Luc Bondy lui-même et eut un
énorme succès.
la représentation donnée
hier soir à l’amphithéâtre de la Bastille, reprenait dignement le flambeau de
cette très belle œuvre magnifiquement jouée et interprétée par les jeunes
artistes de l’Académie de l’opéra de Paris et brillamment mise en scène par
Christiane Lutz, qui fut l’assistante de Klaus Guth sur Lohengrin.
Ce dernier, de même que
le compositeur Boesmans et Stéphane Lissner étaient d’ailleurs présents dans le
public.

Je commencerai par
souligner l’originalité de la composition de Boesmans. Il s’agit bien sûr de
musique contemporaine, mais il s’agit surtout d’une illustration précise des
différents événements qui se déroulent devant nos yeux. Boesmans joue sur les
timbres, les bruits, les styles musicaux qui évoquent presque instantanément ce
que nous voyons (marrant comme l’arrivée de la Diva fait immédiatement penser à
Tosca avec l’air lyrique qui accompagne son entrée …). Musique chambriste
puisque la formation est assez réduite mais musique qui permet tout à la fois
de valoriser les solistes, les quelques ensembles et l’art du bruitage à partir
d’instruments classiques. Le rythme est également très élaboré, de même d’ailleurs
que les partitions très riches et très variées proposées aux différents
chanteurs, dont les tessitures sont nombreuses. On pense souvent à Lulu, un peu
à Wozzeck, il y a du Berg incontestablement et puis, bien sûr la patte
originale de Boesmans que ceux qui ont vu « Au monde » connaissent
bien.
Très belle et très précise
direction musicale de Jean Deroyer.
La mise en scène de
Christiane Lutz est d’une très grande intelligence : pétillante et pleine
d’imagination, elle colle au texte tout en modernisant les situations et sait
avec pas grand-chose, faire vivre les petites histoires pour nous entrainer
dans sa ronde.
Le plateau de l’amphithéâtre
n’est pas très grand mais un modulable qui s’ouvre sur un bar, un ascenseur,
entre deux portes, occupe le fond de la scène tout en offrant de vastes
panneaux gris où se reflètent les images vidéos de « l’extérieur » la
place de la Bastille, les abords de l’opéra, la circularité des lieux, tous en
rond… les accessoires du plateau campent les différents lieux avec beaucoup d’astuce :
un fauteuil, une table, du matériel de photo de mode, un feu sur ordinateur, un
tapis, un lit….
Cela va et vient, seuls
restent sur scène ces fauteuils de véhicule qui symbolisent les départs et les
arrivées de cette ronde folle.
Beaucoup d’humour aussi
dans ce parti pris : la diva est absolument irrésistibles pendant sa
conversation téléphonique au milieu de vocalises, l’une des jeunes femmes écrit
en texto ce qu’elle chante et le texte s’affiche sous cette forme sur les
panneaux, les costumes sont évocateurs des rôles mais avec un léger décalage
agréable à l’œil etc etc
Enfin, les chanteurs, tous élèves, sont très jeunes,
très beaux, excellents chanteurs et acteurs et du coup, le tout est enlevé en
presque deux heures sans entracte sans le moindre ennui, bien au contraire. Ils
n’ont peur de rien, surtout pas de camper les situations dictées par leur
texte, ils n’hésitent pas et leur entrain d’équipe est franchement
communicatifs.
Dommage que l’acoustique
des lieux provoque à plusieurs reprises de légères distorsions de son dans leur
chant qui reste, pour une partition difficile d’un très haut niveau. je n’entre
pas dans les détails à ce niveau, tant ils elles m’ont tous toutes paru tout à
fait à leur place dans chacun des rôles qui leur était dévolu. Je soulignerai
juste qu’à titre personnel, j’ai été particulièrement touchée par la jeune Sarah
Shine qui ouvre et ferme le bal et qui
fait montre d’une très grande maturité dans sa subtile interprétation.
Mais,
bon, ils étaient tous excellents, je le répète.
Les petits « plus »
du Blog
Entretien avec Christiane
Lutz
Adaptation cinéma
Il y a eu plusieurs
adaptations cinématographiques de la pièce. La plus marquante est sans doute
celle réalisée par Max Ophuls en 1950 avec Gérard Philipe et Simone Signoret
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