Jonas Kaufmann et Ludovic Tézier à Baden Baden, fièvre musicale et entente parfaite
Concert Jonas Kaufmann et Ludovic Tézier à Baden Baden
Les deux artistes, amis à la ville et complices sur scène, ont sorti en octobre dernier un CD très remarqué « Insieme » (Ensemble), salué par la critique pour l’extrême qualité des duos proposés, véritables petites scénettes données en entier dans un face à face impressionnant d’engagement réciproque.
J’avais déjà eu l’occasion de les entendre lors d’un concert à deux à Munich il y a quelques années déjà mais leur répertoire commun a eu l’occasion depuis, de s’étoffer, et leur qualité première à tous deux, est de savoir transmettre au public une émotion partagée dans le cadre de rôles réellement incarnés, joués, même pour quelques minutes.
La Forza del destino fut leur première vraie rencontre à Munich fin 2013 dans le cadre d’une nouvelle mise en scène -de Martin Kuzej- qu’ils inauguraient en quelque sorte, avec la Léonora d’Anja Harteros dont on ne dira jamais assez combien elle nous manque depuis plus d’un an à présent. J’avais la chance d’y être également et, bien que connaissant parfaitement l’œuvre de Verdi déjà souvent vue, je dois reconnaitre que j’avais découvert (comme beaucoup d’autres dans une salle manifestement scotchée) combien les duos Alvaro/Don Carlo peuvent être littéralement sublimes quand ils sont bien interprétés. Je n’ai pas rencontré d’ailleurs de duettistes aussi performants depuis ce soir d’hiver à Munich.
Pour beaucoup d’entre nous dès lors, nous avions l’espoir de revoir Kaufmann et Tézier et leur entente exceptionnelle, nous proposer de nouvelles expériences et, pourquoi pas un CD. C’est chose fait malgré quelques obstacles comme le projet d’un Otello commun pour la prise de rôle respective des deux artistes à Londres en 2017, pour lequel il nous manqua finalement Tézier (que nous avons beaucoup regretté). Les deux complices ont illustré Verdi malgré tout, la Forza del destino, une deuxième fois, Aida à deux reprises différentes également, Don Carlo dans les deux versions, mais aussi Wagner, avec Parsifal, ou Giordano avec Andrea Chénier et chanteront finalement, si tout va bien, Otello cet été à Aix, puis la Gioconda en Australie.
Si je reviens sur toutes ces informations, c’est parce qu’elles donnent tout son sens à l’entreprise commune du ténor et du baryton, dont la rencontre en 2010 dans Werther à Paris Bastille, a scellé une profonde entente et l’envie d’un vrai projet musical. Les concerts ténor/baryton sont un genre assez rare malheureusement, malgré le nombre de duos fascinants qui oppose ou lie ces deux tessitures masculines dans l’opéra.
Et si le programme proposait également quelques airs « solos » pour chacun des deux artistes, sa colonne vertébrale était bien la somme de duos complets proposés, et si rarement donnés dans un tel cadre de concert.
Très beau solo de Tézier assez impressionnant de puissance dans « Morir! Tremenda cosa » et magnifique (mais habituel) solo de Kaufmann avec « La vita è inferno all‘infelice » et son trésor de nuances.
Comparaison un peu cruelle cependant pour ceux qui ont pu entendre le même air interprété à Berlin quelques jours plus tôt, mais cette fois avec l’orchestre des Berliner sous la direction de Petrenko, avec une tout autre richesse de la palette sonore.
Les limites de l'orchestre de la Deutsche Radio Philharmonie Saarbrücken Kaiserslautern sont encore plus évidentes d’ailleurs dans les deux (très belles mais archi connues) ouvertures de Verdi proposées, celle de la Forza et celle des Vêpres. Qui dit « connu », dit très souvent entendu et donc, évidemment, très souvent dans des conditions de qualité musicale d’interprétation autrement intéressantes.
Mais Jochen Rieder reste un fidèle accompagnateur de Jonas Kaufmann dans ses galas avec orchestre et il a quelques belles réalisations à son actif avec le ténor bavarois.
Deux « bis » dont le célèbre duos Posa/Don Carlo (en italien) donné sur un rythme très rapide qui décontenance même un poil de seconde le chef d’orchestre comme si Kaufmann et Tézier avaient si souvent chanté ensemble cet air, fort symbole de l’amitié entre deux hommes, qu’ils n’avaient besoin d’aucun accompagnement pour l’entonner et entrainer la salle dans une standing ovation fort méritée.
Espérons que Kaufmann et Tézier n'arrêteront pas là leur collaboration, et iront plus loin encore que ces duos ténor/baryton les plus connus, pour nous offrir d'autres pépites de la qualité de ce qui fait les grands soirs.
Fotocredits: Michael Bode/manolopress
Programme
Giuseppe Verdi
La forza del destino
Ouverture
Solenne in quest’ora (Duo)
Morir! Tremenda cosa
La vita è inferno all‘infelice
Invano Alvaro ti celasti al mondo (Duo)
***
Giuseppe Verdi
Ouverture des I vespri siciliani
Amilcare Ponchielli
La Gioconda
Enzo Grimaldi, Principe di Santafior (Duo)
Danza delle ore (Ballet)
Cielo e mar
Giuseppe Verdi
Otello
Credo in un Dio crudel
Tu? Indietro!
« Bis »
La Bohème : O Mimi, tu piu non torni
Don Carlo : Tu che nell’alma infondere
Jonas Kaufmann
Ludovic Tézier
Jochen Rieder
Deutsche Radio Philharmonie Saarbrücken Kaiserslautern
Commentaires
Enregistrer un commentaire