Eugène Onéguine - 6 Août 2017 - Festival de Verbier
Eugène Onéguine
Piotr Tchaikovski
Séance du 6 Août 2017- retransmission en direct.
Il y a les très très grands festivals vers lesquels tous les yeux se tournent comme celui de Salzbourg qui retient son souffle en attendant la première Aida d’Anna Netrebko, et puis il y a les festivals plus modestes mais dont la qualité, année après année, se confirme tout comme le charme des concerts proposés même sans grande star.
Livret de Piotr Tchaikovski
Timothy Carroll | Mise en scène
Verbier Festival Academy
Verbier Festival Junior Orchestra
Stanislas Kochanovsky : chef d'orchestre
Avec
Anna Harvey : Madame Larina
Aleksandra Rybakova | Tatiana
Anastasiia Sidorova | Olga
Adèle Charvet | Filippievna
Gihoon Kim| Eugène
Onéguine
Alexander Mikhaylov | Vladimir Lenski
Jasper Leever | Prince Grémine
Paweł Konik | Zaretski, Un Capitaine
Satriya Krisna | Monsieur Triquet
Au moment même où l’on peut suivre en
direct sur Medici TV, le concert qui clôture l’édition 2017 de ce festival
Suisse, et notamment le concerto pour violon de Tchaikovski, je voulais donner
quelques impressions rapides sur ce rafraichissant Eugène Onéguine donné cet
après midi sans fanfare ni trompette, en version semi-scénique, jeune, ingénu
et sans doute loin des grandes productions vues récemment de cette oeuvre
magnifique, mais se laissant regarder et écouter avec beaucoup de plaisir.
Mes derniers Onéguine étaient par trois
fois Peter Mattei (deux fois à Paris, opéra Bastille, une fois en retransmission cinéma du MET)
mes dernières Tatiana étaient successivement Anna Netrebko et Nicole Carr
(Sonya Yoncheva ayant annulé cette prise de rôle où je l’attendais avec
impatience).
C’est dire que ces tout jeunes chanteurs qui se produisaient cet
après midi à Verbien avec un orchestre tout aussi jeune, n’avaient ni
l’expérience, ni le charisme, ni le savoir-faire de leurs ainés.
Mais une certaine homogénéité du plateau
donnait du charme à cette représentation un peu scolaire, un peu appliquée,
sans grand génie, manquant parfois de souffle et je me suis prise au jeu avec plaisir.
La “mise en espace” nouvelle formule des
versions concerts à Verbier, était minimale (j’en ai vu ici même des plus
réussies) : elle évoquait les différents “tableaux” de l’opéra Russe à l’aide
de figurants dansant au début du bal d’anniversaire de Tatianna par exemple. Un
petit travail réglementant intelligemment les entrées et sorties des artistes
leur permettait d’assurer un minimum de “jeu” théâtral assez réussi notamment
la scène du duel et la mort de Lenski.
Car, comme souvent dans le cas de troupes
ne comprenant pas vraiment de vedettes, un ou deux artistes, inconnus pour moi,
sortent cependant du lot et sont remarqués.
Je citerai donc d’abord le Lenski du jeune
ténor Alexander Mikhaylov, membre de la troupe du Mariinsky à Saint
Petersbourg, qui campe un Lenski très séduisant vocalement avec beaucoup de
sûreté dans son “jeu” scénique même réduit au minimum, et surtout un engagement
très prometteur dans le rôle, avec une voix et une technique capables de
susciter une grande émotion.
L’autre rôle remarquablement tenu est celui
de la nourrice par Adèle Charvet, jeune mezzo soprano déjà remarquée et qui
contine de surprendre par la beauté de son timbre et l’intelligence de son
interprétation. Elle n’a pourtant pas du tout le physique de la vieille
nourrice (elle est jeune, belle et très élégante sur scène) mais, en faisant
abstraction de cette invraisemblance, on est rapidement séduit par la jeune
artiste dont il faut retenir le nom.
Un cran en dessous mais tout à fait de bon niveau
également le Prince Grémine de Jasper Leever (trop “jeune” aussi pour le
rôle...) et la Madame Larina de la mezzo soprano Anna Harvey.
J’ai été moins convaincue par les
prestations des deux soeurs, notamment la Tatianna de Aleksandra Rybakova, sans
relief et un peu “platounette”, qui ne parvient guère à susciter l’émotion et
reste peu investie dans son rôle.
La petite soeur Olga de Anastasiia Sidorova
est plus enjouée et plus crédible mais manque, elle aussi un peu de pouvoir de
conviction.
Le maillon faible de la distribution est
malheureusement celui du rôle-titre : la baryton Gihoon Kim est un Eugène
Onéguine vraiment trop lisse, aux capacités assez limitées qui ne marque guère
le rôle et reste en-deçà de ses partenaires et notamment du brillant Lenski.
Le tout jeune orchestre du Festival (il s'agit de l'orchestre junior) a lui
aussi cette fraîcheur qui domine la distribution, et s’il est parfois trop
sage, il sait donner des accents forts quand il s’agit de souligner les thèmes
obsessionnels de l’opéra. Le chef Stanislas Kochanovsky, lui aussi membre du Mariinsky, sait donner romantisme et couleurs à la superbe partition de Tchaikovsky, on sent qu'il en partage le goût des leitmotivs récurrents qu'il souligne intelligemment et avec une grande sensibilité.
Très grande ovation pour lui et l'orchestre, largement méritées.
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Adèle Charvet |
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Alexander Mikhaylov |
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